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compte-rendu de l'atelier PDF Imprimer Envoyer

 

Intervenants :

Maud Le Floch, est urbaniste scénariste. Avec le soutien du ministère de la Culture, elle fonde le pOlau -pôle des arts urbains.

Gérard Paris-Clavel, graphiste social, membre fondateur de l’association «Ne pas plier».

 

28 personnes présentes

 

Introduction de Gilles Gauché Cazalis, porteur de l’atelier.

Ce forum fait suite au travail initié par le collectif Gauche Citoyenne lors des rencontres-débats qui ont eu lieu à Nanterre et à Suresnes entre novembre 2010 et avril 2011 sur le thème « les quartiers populaires et la politique ».

Partant de la proposition que « Culture » devait s’écrire « CultureS », que ses formes étaient à la fois polymorphes et poly-centrées, quelques statistiques* sont proposés : les chiffres de fréquentation de deux symboles culturels forts de Nanterre : la Maison de la Musique et le festival de rue Parade(s). A l’instar des statistiques nationales, il s’agit d’abord d’un public qui a eu accès à la formation supérieure. Pour la Maison de la Musique, comme pour le festival de rue Parade(s), autour de 75% des participants ont fait des études supérieures (bac +3 et plus) même si l’on note pour Parade(s), une dimension populaire plus importante (d’avantage de CSP « salariés »)*. Malgré une offre ouverte, la démocratisation de l’accès aux institutions culturelles reste encore un horizon lointain. Pour autant la culture est partout et pas seulement dans les institutions comme nous le démontrent nos deux invités.

Présentation par Gérard Paris-Clavel de l’association « Ne pas Plier ». Installée à Ivry au dernier étage d’un immeuble (toit compris !), l’association rassemble ou fait intervenir des artistes, des créateurs graphiques, des sociologues, des sémiologues mais aussi des éducateurs, des travailleurs sociaux ou des chômeurs. Un lieu de diffusion, d’accompagnement, une « épicerie d’art frais », au service d’une pratique culturelle militante.

Gérard Paris-Clavel nous expose des axes de son travail par l’image en proposant quelques clefs et questionnements. Extraits :

-                       Les plaques de rues sont porteuses de culture dans la ville mais qui ne disent pas toutes la même chose selon la ville ! (exemple avec Paul Vaillant-Couturier).

-                       Un centre de sécurité sociale défraichi : où sont les formes de l'art dans le champ social ? n’y a-t-il pas à défendre une dimension artistique dans ces lieux résultat d’un héritage culturel ?

-                       Sur un panneau Decaux : une publicité montrant une femme avec de « jolies formes » en bikini, avec cette inscription en bas du panneau « informations municipales au dos »…

-                       L’expérimentation d’une galerie en pleine rue ouverte aux habitants favorisant la prise de parole, l’échange, la critique.

-                       des photographies placées sur des panneaux lors de manifestations : pour remettre la mémoire en mouvement.

-                       des autocollants** permettent de faire passer des concepts. Les manifestants deviennent alors des corps-sujets, transcendant leurs différences.

Maud Le Floc’h, nous expose son parcours jusqu'au « pOlau », pôle des arts urbains. « Il existe un virus artistique dans la production de la ville » nous dit-elle : habiter la ville ce doit être habiter l'œuvre.

Maud travaille avec de nombreuses villes autour des questions de développement urbain portant l’idée que l’impact du regard de l’artiste sur le projet urbain est utile, nécessaire même : cette approche repose sur l’observation fine des usages, l’anticipation des pratiques. Ces artistes utilisent l’art des mix et du croissement, ne sont pas effrayés par le « vivant » et assument leur parti pris de la décontraction par la « perturbation ».

Elle a d’ailleurs déjà travaillé en lien avec Nanterre dans le cadre de la « Mission Repérage ». Elle a mis en contact un élu (Gérard Perreau-Bezouille) et un artiste, qui, pendant une journée, se promenaient dans la ville pour échanger leurs émotions et imaginer des possibles en matière urbaine. Cette expérience s’est réalisée dans treize villes de France pendant trois ans (2002 à 2005).

Extrait synthétique du débat :

 

Dominique Laulanné, Directeur de la Maison de la Musique de Nanterre, pointe les limites d’intervention liées aux moyens investis dans le champ culturel. Il rappelle qu’un public ça se construit, ça se gagne un à un, qu’il s’agit d’un travail de longue haleine mais corrélé aux moyens dont il dispose. Pour autant dans le cadre de l’action culturelle de sa structure, il est proposé plusieurs initiatives « hors les murs »  dans les quartiers comme les « concerts de palliers » où les spectacles proposés au CASH de Nanterre pour aller à la rencontre de ces Nanterriens « non-fréquentant ».

Mamet Kaki, de l’association Les oranges, intervient sur la question de l’accès à la culture affirmant « que la culture ne se reçoit pas ; elle s’arrache ! ». Il s’agit alors d’avantage de réfléchir aux moyens pour donner « goût » et « sens » à cette lutte que de s’arrêter aux questions de programmation culturelles.

Une intervenante, travaillant au service culture de Nanterre, témoigne du fait que le développement culturel à Nanterre est soutenu historiquement. Pour autant il lui apparait qu’au-delà de la bonne volonté affichée depuis de nombreuses années, en matière d’appropriation citoyenne, c’est un échec. Il faut donc repenser la manière de mobiliser et d’arriver à trouver des processus collectifs.

Christelle François, pense qu’il faut trouver des modes d’accroches différents, inventer, innover pour que tous les citoyens et pas seulement les habitués se sentent concernés et mobilisés sur la question de la culture.

Jean-Luc Borg, directeur du théâtre par le bas, interpelle les participants, les artistes présents, en leur proposant de s’impliquer ensemble, à Gauche Citoyenne par exemple, pour inventer ces nouvelles formes,  imaginer  des axes « décalés » : trouver Gauche Citoyenne là où on ne l’attend pas.

Maud le Floc’h pense qu’une des causes du problème vient de l’entre soi. Chacun porterait une responsabilité dans ce cloisonnement et donc aussi dans ce travail sur soi d’ouverture, d’acceptation de la diversité et donc du collectif est absolument nécessaire pour créer des synergies positives.

Elle prend l’exemple du concept de « recadrage », développé par l’école de Palo Alto. Le « recadrage » consiste à faire changer le sens d’une activité en la présentant, par la parole, sous un autre angle. En fait, cette présentation change non seulement le système des relations entre les protagonistes mais aussi la valeur qui leur est attribuée (le positif peut devenir négatif et inversement).

Il faut nous contraindre à penser autrement.

Gérard Paris-Clavel constate que les interventions de cet atelier sont riches, virulentes, avec une forme d’emphase. Pour lui, il est important de se dire que l’on n’est pas là pour « décorer » les gens mais bien les faire bouger, les rendre acteurs, les mettre aux centres. Dans cette perspective le rôle de l’artiste passe alors essentiellement par sa capacité d’écoute.

En conclusion :

A Nanterre, au moins deux éléments, participants du même mouvement, peuvent être vues positivement :

-                       La rencontre avec l’autre est favorisée/entretenue par de nombreuses initiatives sur la ville proposant des lieux de rassemblement et de fait, du collectif.

-                       Porter la culture comme « un art du vivre ensemble ». A Nanterre, cette ville hétéroclite, aux origines, aux croyances, aux cultures variées, plus qu’ailleurs sans doute, la question du vivre ensemble interroge en permanence nos pratiques.

Deux propositions d’action :

-                       Faire intervenir des artistes au sein des projets urbains de la ville de Nanterre

-                       Faire intervenir des artistes au sein de Gauche Citoyenne

* : études statistiques commandées par le service du développement culturel de la mairie Nanterre.

- Etude du public de la maison de la music réalisée en 2007

- Etude du public du festival Parade réalisée en 2010

** : Gérard Paris-Clavel est le créateur des autocollants : « égalitée ! », « rêve générale », « je lutte des classes », « UTOPISTE debout »…